Lettre ouverte – Discriminations sur les îles de loisirs : Pécresse doit cesser son délire sécuritaire

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L’été que nous venons de passer a encore été l’un des plus chauds jamais enregistrés. Les alertes canicules se sont succédées et les Francilien·nes, particulièrement les plus modestes d’entre elles et eux, vivant souvent dans des passoires thermiques, ont encore souffert de ces chaleurs intenses. 

En Île-de-France, on compte plusieurs espaces de loisirs, en pleine nature, où l’on peut trouver plans d’eau et végétation pour se rafraîchir, mais bien trop peu nombreux au regard des besoins et qui sont donc souvent en surfréquentation. Pour celles et ceux qui ne peuvent pas partir en vacances (41% des Français·es cet été), il est tout de même essentiel de pouvoir accéder à ces lieux de villégiature et de convivialité, aussi bons pour le corps que pour l’esprit.

Sauf lorsque ces lieux de liberté et de joie se transforment en lieux de sur-contrôle, de stigmatisation et d’humiliations individuelles et collectives. 

Dans un article du journal Libération, Célian Macé raconte son expérience d’une journée ensoleillée sur la base nautique de Jablines, en Seine-et-Marne. Dans cet article stupéfiant, on apprend que les surveillant.es des zones de baignade passent le plus clair de leur temps, non pas à l’anticipation des risques de noyade, mais à réprimander les baigneuses et des baigneurs sur leurs tenues de bain : tee-shirts anti-UV, paréo, marcels, combinaisons intégrales… rien n’est permis dès lors qu’on a de l’eau au-dessus des chevilles ! Sous prétexte de normes d’hygiène, qui n’ont pas lieu d’être en eau libre, et de difficultés d’intervention pour les secours en cas de sauvetage, les contrevenant·es sont alors interpellé·es et prié·es de sortir de l’eau par haut-parleur, devant toutes les personnes présentes sur l’espace de baignade, dans la stupéfaction collective, chacun·e cherchant du regard qui peut bien être concerné.e. Et face à une quelconque résistance, quoi de mieux que d’appeler la gendarmerie pour faire sortir de l’eau les récalcitrant·es ? Lorsqu’il·elles ne sont pas individuellement ciblé·es, les usager·es sont collectivement rappelé·es à l’ordre et culpabilisé·es : les équipes de surveillance perdent un temps précieux qu’elles ne passent pas à anticiper les risques de noyade…  

Tout cela est aberrant ! Nous, élu·es écologistes, nous insurgeons contre de telles méthodes. Tout d’abord, cela fait fi des risques de plus en plus sérieux d’exposition au soleil et qui nécessitent, pour les plus jeunes notamment, des dispositifs vestimentaires adaptés, couvrants, hydrophobes et anti-UV, afin de lutter contre la multiplication des cas de cancers et maladies de la peau. Ensuite, s’il s’agit d’un réel enjeu de sécurité, d’autres solutions existent. Il est impératif que l’apprentissage de la natation soit enfin accessible à toutes et tous, afin de prévenir les risques de noyade. Entre le 1er juin et le 13 août 2025, 1 013 noyades ont eu lieu en France (+14% par rapport à 2024), dont 268 suivies de décès. Nous appelons à l’extension de l’obligation d’enseignement de la natation dès la maternelle et au-delà du cadre scolaire, en rendant accessibles à tous·tes les piscines et plans d’eau publics, par systèmes de gratuité ou de tarification sociale, et en y prévoyant l’organisation de cours gratuits de natation pour tous·tes. Enfin, nous nous élevons contre ces méthodes parce qu’une fois de plus ce sont des Francilien·nes issu·es des classes populaires, qui sont visé·es. Et lorsque, comme à Jabline, la majorité des usager·es sont issu·es de la diversité, nous ne pouvons que nous interroger sur les raisons profondes d’un tel sur-contrôle, qui renvoie de fait à une stigmatisation des populations racisées. Un racisme de classe insupportable, un sur-contrôle liberticide, une humiliation individuelle et collective qui mettent à mal le vivre ensemble, qui attisent les colères et le sentiment d’injustice permanente. 

Nous appelons donc Valérie Pécresse, la présidente de la Région Île-de-France en charge des îles de loisirs, à faire revenir la tempérance dans l’exercice des contrôles de sécurité dans les zones de baignade et à les concentrer sur l’anticipation des risques réels de noyade et non sur les tenues des baigneur·euses. Par ailleurs, nous l’invitons à concentrer ses efforts sur l’entretien et le développement de ces espaces de baignades régionaux dont nombre d’entre eux n’ont encore pas pu ouvrir cet été.

Nous appelons le Premier Ministre et son gouvernement à faire de l’apprentissage de la natation pour tous·tes, quels que soient le lieu de vie et l’âge, une grande cause nationale afin de stopper ces milliers de noyades chaque année dont trop finissent par des drames. Donnons les moyens aux collectivités pour qu’elles puissent construire et aménager les équipements nécessaires, au travers d’un vrai plan piscines de proximité, et recruter des maîtres-nageur·euses.  

 Kader Chibane, président du Pôle Écologiste Ile-de-France

Anne-Claire Jarry-Bouabid, conseillère régionale écologiste IDF

Muriel Casalaspro, conseillère régionale écologiste IDF

François Damerval, conseiller régional écologiste IDF

Jean-Luc Dumesnil, conseiller régional écologiste IDF

Sandrine Grandgambe, conseillère régionale écologiste IDF

Annie Lahmer, conseillère régionale écologiste IDF

Sorayah Mechtouh, conseillère régionale écologiste IDF

Fabienne Meurice, conseillère régionale écologiste IDF

Charlotte Nenner, conseillère régionale écologiste IDF

Hella Kribi-Romdhane, conseillère régionale écologiste IDF

Date de publication : 26 août 2025