Intervention de Kader Chibane lors de la séance plénière du 19 novembre 2025
Madame la Présidente, cher.es collègues du groupe UDI,
Dans ce vœu, vous dressez le constat que nous partageons sur les fractures territoriales à l’œuvre entre les cœurs de métropoles et les périphéries. Mais vous prétendez les combattre grâce aux politiques portées par votre majorité. Laissez nous vous dire que vous vous fourvoyez ! Est-ce lutter contre les fractures territoriales que de poursuivre la logique de concentration des activités économiques autour des pôles de compétitivité, de ne pas investir à la hauteur des besoins dans l’amélioration des transports du quotidien, ou d’obstinément refuser de répondre aux obligations légales en matière de construction de logements sociaux ? La Région a en cela une responsabilité cruciale en matière de planification et de prescription, et aujourd’hui vous n’êtes pas à la hauteur des enjeux.
Cela étant dit, nous partageons vos inquiétudes quant aux capacités des municipalités de porter des projets d’avenir face à leur manque de moyens d’ingénierie locale. Particulièrement en ce qui concerne les enjeux de transition écologique et d’aménagement durable du territoire. A ce titre, une décentralisation aboutie que nous appelons de nos vœux doit être accompagnée d’une transformation du rôle de l’Etat. Le mouvement actuel de “re-concentration” du pouvoir à l’œuvre autour des préfets pose problème, notamment en ce qui concerne la gouvernance des projets d’innovations ou d’investissements. Donner trop de pouvoirs au Préfet, au détriment des maires et des élus locaux, affaiblit les initiatives locales, et constitue de fait une recentralisation déconcentrée des pouvoirs.
A cet égard, nous comprenons le sens de votre proposition d’une aide régionale pour le développement de l’ingénierie locale à l’échelle communale, sous l’égide d’un partenariat avec Grand Paris Aménagement. Toutefois, nous nous interrogeons sur la pertinence de massifier l’effort au travers d’une seule entité de pilotage de l’aménagement, bien que déployée via ses filiales locales. Le risque d’uniformisation des orientations d’aménagement et des solutions techniques, en dépit des spécificités territoriales, est pour nous un point d’alerte important. Vous le savez, construire des politiques d’aménagement et de transition écologique suppose une attention particulière à l’ultra-local et à la mise en cohérence des bassins de vie. C’est pourquoi les écologistes défendent ardemment les intercommunalités comme des outils de développement de l’ingénierie locale, en appui sur le couple Régions/interco qui permet de filer une cohérence entre les orientations stratégiques macro et les réponses aux spécificités locales. Il serait donc préférable qu’enfin l’Etat donne des capacités fiscales aux Établissements Publics Territoriaux de la Métropole du Grand Paris pour qu’ils puissent assumer l’internalisation de cette ingénierie au service des communes. Par ailleurs, l’une des pistes poursuivies par les écologistes depuis une dizaine d’années est celle du transfert d’une fraction de la contribution climat énergie vers les intercommunalités pour le soutien à l’ingénierie en matière de transition écologique. Elle est partagée de manière transpartisane depuis plusieurs années au Parlement mais les gouvernements successifs s’y refusent.
Vous l’aurez compris, si nous partageons vos constats et la nécessité d’agir pour l’ingénierie locale, nous ne partageons pas vos solutions. C’est pourquoi nous nous abstiendrons sur ce vœu.