Intervention de Muriel Casalaspro lors de la séance du 29 janvier 2026
Madame la Présidente, chers collègues,
Le rapport de la Chambre régionale des comptes est sans ambiguïté : l’action régionale a le mérite d’exister mais l’Île-de-France reste confrontée à un déficit massif et persistant de logements étudiants. Ce constat n’est pas nouveau, et ce malgré des années d’annonces, de schémas et de conventions.
Oui, la Chambre reconnaît que l’intervention régionale existe. Mais elle dit surtout autre chose : les objectifs de production de logements étudiants, pourtant fixés conjointement avec l’État, ne sont pas atteints, les moyens mobilisés reculent d’années en années et les dispositifs régionaux ne sont pas suffisamment utilisés avec un non-recours préoccupant aux aides régionales. Autrement dit, la politique affichée ne produit pas les résultats attendus.
Face à ce constat, la réponse de la Région n’est pas à la hauteur. Les réponses apportées relèvent davantage de la conformité institutionnelle que de l’ambition politique ; d’une approche défensive des observations de la CRC que d’un changement de cap.
Premièrement, sur le schéma régional du logement étudiant. Vous annoncez sa mise à jour comme une réponse suffisante alors qu’elle est avant tout technique et descriptive. Mais ce schéma, cela fait plus de quinze ans qu’il existe. Le mettre à jour une fois de plus, sans jamais en tirer les conséquences politiques, revient à reconnaître implicitement son inefficacité. La crise du logement étudiant ne se résoudra pas à coups de cartographies actualisées.
Deuxièmement, sur le non-recours aux aides régionales. La Chambre vous demande d’analyser pourquoi les porteurs de projets ne sollicitent pas vos aides. Vous répondez qu’il serait impossible de l’analyser, au motif que les projets non déposés ne sont pas connus. En réalité, vous refusez de regarder ce qui dérange : des critères inadaptés, des montants insuffisants, des procédures dissuasives qui demanderaient une démarche de réflexion qualitative avec les opérateurs. Dire que l’aide est facultative ne saurait tenir lieu de politique publique.
Troisièmement, les ajustements de critères que vous mettez en avant sont marginaux et tardifs. Supprimer une surface minimale ou une clause sociale ne compense en rien des années de rigidité, alors même que les CROUS et les bailleurs publics peinent à équilibrer leurs opérations.
Enfin, la recommandation relative à la mobilisation des internats est écartée d’un revers de main, sans étude sérieuse de faisabilité. Là encore, la Région confond examen d’une piste et déploiement immédiat, et renonce par principe à explorer des solutions complémentaires. Pourquoi ne pas expérimenter, sur trois ou quatre sites, une adaptation des internats à un usage étudiant ? L’innovation publique passe par l’essai, pas par le renoncement.
Vous préférez fermer une porte plutôt que d’explorer des solutions, même temporaires, face à l’urgence.
Ce rapport met en lumière une réalité : la Région s’abrite derrière le caractère facultatif de sa compétence pour éviter toute remise en cause de sa stratégie. Mais quand on choisit d’agir, on doit aussi accepter d’être jugé sur les résultats.
Or, face à l’urgence sociale que vivent des centaines de milliers d’étudiants franciliens, nous avons besoin non pas de réponses formelles, mais d’un changement d’échelle et de méthode.
Parce qu’un logement étudiant, ce n’est pas une ligne budgétaire : c’est ce qui permet à un jeune de réussir ses études, de se projeter, de vivre dignement.