Attaquons nous à tous les cancers

A

Intervention d’Annie Lahmer lors de la séance du 29 janvier 2026

Madame la présidente, Madame la vice-présidente,

À la lecture de ce rapport, un constat s’impose : trop de Francilien·nes renoncent encore à se soigner, et l’accès à la santé reste profondément inégal selon les territoires.

Mais ce rapport comporte aussi de sérieux angles morts.

Premier angle mort : la pollution et ses effets sur la santé.
Le mot « pollution » n’apparaît qu’une seule fois.
Pourtant, trop de jeunes Francilien·nes grandissent avec de l’asthme ou des maladies respiratoires chroniques directement liées à la mauvaise qualité de l’air.

Deuxième angle mort : la santé environnementale.
Aucune mention des perturbateurs endocriniens, alors que le lien entre environnement et santé est largement documenté.
Près d’un décès sur quatre dans le monde est lié aux conditions environnementales.
Ignorer cette réalité, c’est passer à côté d’un enjeu majeur de santé publique.

Troisième oubli, et non des moindres : la santé mentale.
La jeunesse francilienne est en grande détresse, vous le savez.
Vous en aviez fait la grande cause régionale en 2020.

Pourtant, les millions d’euros investis dans des applications ou des fondations n’ont pas démontré leur efficacité.
Ce dont nous manquons cruellement, ce sont des professionnel·les formé·es, présent·es sur le terrain, accessibles.

Encore une fois, le solutionnisme technologique ne répond pas à la crise de la santé mentale.
Pas plus qu’il ne répond au défi climatique.
Vous auriez pu, par exemple, renforcer et valoriser les formations d’infirmier·es en pratique avancée, notamment en psychiatrie et en santé mentale.

Un mot maintenant sur la charte pour la prévention des cancers.
Il est urgent de sortir du cancer backlash : cette offensive idéologique qui réduit les causes du cancer aux seuls comportements individuels, en invisibilisant les facteurs environnementaux et professionnels — pollution, PFAS, expositions toxiques.

Face à l’augmentation inquiétante des cancers chez les plus jeunes, une prévention centrée uniquement sur les comportements individuels n’est plus suffisante.

Cette charte aurait dû intégrer un treizième engagement : reconnaître les cancers liés aux facteurs environnementaux et adopter un plan d’action ambitieux en matière de santé environnementale.
Les intérêts économiques, notamment ceux de grands groupes industriels, ne peuvent plus primer sur la santé publique.

Revenons au cœur du rapport : la lutte contre les déserts médicaux.

Vous affichez une volonté de mieux coordonner l’action régionale avec l’ARS, institution pourtant régulièrement critiquée dans cet hémicycle. Sa suppression était d’ailleurs la 19ᵉ recommandation du rapport Vigier. Mais dans cet Acte II, aucune action concrète de coordination n’est réellement détaillée. Des pistes existent pourtant, notamment en s’appuyant sur les schémas régionaux de santé mentale de l’ARS, alors que les indicateurs franciliens sont particulièrement dégradés.

Enfin, vous continuez à financer le patrimoine immobilier de médecins ou des cabines de téléconsultation.
Cela ne résout ni l’accès à une médecine de proximité, ni les fractures territoriales, sociales et économiques.

Les Francilien·nes n’attendent pas des solutions gadgets.
Ils et elles veulent pouvoir se soigner près de chez eux, sans devoir traverser toute la région pour obtenir un rendez-vous médical.

Ce rapport comporte malgré tout des orientations positives : le soutien aux formations, les projets d’hébergement, ou encore l’installation de professionnel·les de santé dans les territoires sous-dotés.

Nous resterons donc particulièrement attentif·ves à ce que la santé des Francilien·nes et l’accès effectif aux services publics de santé restent le cœur de cet Acte II.

Je vous remercie.

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Conseil régional : Janvier 2026 - Séance plénière

Thématique : Santé et solidarités

Élu·e : Annie Lahmer