Cinq ans après l’abandon du Terminal 4, grâce à une énorme mobilisation citoyenne et des écologistes, ADP remet sur la table un projet d’extension tout aussi démesuré, sous un habillage différent. Le groupe Pôle écologiste au Conseil régional d’Île-de-France dénonce ce retour en arrière et exige l’abandon du contrat de régulation économique (CRE) 2027-2034 qui conduirait à la réalisation de ce projet.
Le constat est accablant. Le plan d’investissement d’ADP, 8,4 milliards d’euros dont 6,2 milliards pour le seul aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, prévoit d’augmenter le trafic de 19 % d’ici 2050, soit 344 vols supplémentaires par jour et 29 millions de passagers de plus ! Ce n’est pas une modernisation mais l’équivalent d’ajouter un aéroport de la taille de Marseille ! Une catastrophe climatique programmée d’avance.
Le rapport de l’ONG Transport & Environnement, publié ce 15 septembre, est formel : avec ce projet, les émissions de CO₂ de Roissy-CDG atteindraient 6 millions de tonnes par an en 2050, soit près de cinq fois le budget carbone autorisé par la Stratégie nationale bas-carbone adoptée en juillet dernier, fixé à 1,3 million de tonnes. Ce projet ne contourne pas nos engagements climatiques : il les contredit frontalement ! La France signerait de sa propre main la violation de ses objectifs de réduction des émissions.
L’industrie aérienne invoque depuis des années les progrès des carburants durables (SAF) et le renouvellement des flottes. Cependant, les faits rappellent qu’en vingt ans, les émissions par passager ont certes baissé d’un tiers mais les émissions totales du secteur ont augmenté de 6 %. L’efficacité des avions ne compense pas la croissance du trafic et Transport & Environnement le confirme pour les 20 plus grands aéroports européens : tous sont voués à dépasser leur quota carbone compatible avec l’Accord de Paris. Roissy en est l’emblème !
Ce projet est aussi une injustice sanitaire criante car 1,4 million de Franciliens (plus de 10 % de la population régionale) subissent quotidiennement les nuisances sonores du trafic aérien. Dans la consultation citoyenne “Nuisances aériennes, stop ou encore” en 2024, 97 % des participant·es demandaient une réduction du trafic aérien, notamment pour des enjeux sanitaires. Ce sont 160 vols de nuit qui passent au-dessus des riverains entre 22h et 6h du matin, soit 60 000 par an. L’OMS recommande l’arrêt du trafic sur ces heures nocturnes afin de permettre 8h de sommeil. Ce bruit chronique augmente de 18 % le risque de maladies cardiovasculaires, et de 28 % le risque d’infarctus du myocarde.
Nous venons de traverser cinq canicules cet été 2026. Dans ce contexte, le gouvernement ose valider un plan qui augmentera de 28 % les émissions de gaz à effet de serre de la plateforme. C’est inentendable et c’est une trahison envers les riverains, envers les Franciliennes et les Franciliens, envers les générations qui subiront le dérèglement climatique que nous aurons choisi d’aggraver.
Le groupe Pôle écologiste exige : le refus de signer le nouveau CRE en l’état ; une réduction du trafic aérien d’au moins 15 % conformément aux préconisations de l’ADEME et de l’OMS, l’interdiction des vols de nuit à Roissy et le conditionnement de tout investissement public aéroportuaire au strict respect de la Stratégie nationale bas-carbone. L’Île-de-France n’a pas à subir cela.