Alors que des lycéens franciliens se mobilisent pour leurs conditions d’étude, l’état de certains établissements revient au premier plan. Le tribunal administratif de Montreuil vient d’annuler le refus de Valérie Pécresse de soumettre au Conseil régional la création d’une Mission d’information et d’évaluation (MIE) sur son patrimoine bâti, demandée par le Pôle Écologiste et les groupes d’opposition de gauche au Conseil régional.
Le juge enjoint à la Région de réexaminer cette demande dans un délai d’un mois. La demande, portée par plus d’un cinquième de l’assemblée, a été écartée au motif qu’elle concernait une politique « en cours de mise en œuvre ». Cette décision intervient au moment où la question n’a jamais été aussi concrète : dans quel état sont réellement les lycées franciliens, lesquels doivent être rénovés en priorité, à quel coût et selon quel calendrier ?
La Région gère aujourd’hui environ 470 établissements, environ 40 rénovations globales en dix ans : l’équation pose question. À ce rythme, il faudrait près de 117 ans pour rénover le parc actuel francilien. Tous les établissements ne nécessitent pas aujourd’hui une rénovation intégrale, mais une question reste essentielle : la Région dispose-t-elle d’une programmation permettant de connaître précisément les besoins, de les hiérarchiser et d’en prévoir le financement ?
La Chambre régionale des comptes (CRC) répond en partie à cette question et constate que la Région ne dispose pas d’une programmation pluriannuelle globale des investissements examinée et délibérée par le Conseil régional. Le rapport 2025 de la CRC donne une dimension supplémentaire au sujet et relève au moins 10 milliards d’euros d’incohérences entre l’état de l’actif tenu par le comptable public et l’inventaire de la Région. Elle souligne également des insuffisances dans l’information transmise aux élu·es et aux citoyen·nes et recommande notamment la mise en place d’un rapport annuel consolidé permettant de mieux connaître l’action et le patrimoine régional.
C’est précisément pour répondre à ces questions que la MIE avait été demandée : établir un diagnostic du patrimoine, connaître les besoins de rénovation et de maintenance, évaluer les coûts et déterminer une véritable trajectoire d’investissement. La question patrimoniale ne concerne d’ailleurs pas seulement les lycées.
En 2015, Valérie Pécresse avait fait du patrimoine immobilier l’un des symboles de son programme : elle annonçait vouloir vendre les hôtels particuliers utilisés par la Région à Paris et déménager le siège en banlieue afin de réduire le train de vie de la collectivité. Le siège a bien été transféré à Saint-Ouen. Mais la Région a ensuite choisi de ne pas exercer l’option d’achat de son nouveau siège et de poursuivre sa location.
Dans le même temps, selon la CRC, les dépenses comptabilisées comme locations immobilières sont passées de 14,63 millions d’euros en 2019 à 27,37 millions en 2024, soit +87 % en cinq ans. Ces sommes concernent l’ensemble des locations immobilières régionales et ne correspondent donc pas au seul siège de Saint-Ouen.
La gestion des lycées franciliens possède également une histoire particulière. Après les lois de décentralisation, la Région a engagé un programme massif de construction et de rénovation. Entre 1988 et 1997, 241 marchés de travaux représentant 23,3 milliards de francs, soit plus de 3,5 milliards d’euros, ont été conclus. Une partie de ces marchés a ensuite été au cœur de l’une des grandes affaires françaises d’ententes dans la commande publique. Leur mode de financement associait travaux, maintenance et financement sur plusieurs années, avec des paiements qui se sont prolongés jusqu’en 2010.
Cet héritage devrait précisément conduire à faire de la transparence, de la programmation des investissements et du contrôle de la commande publique des exigences permanentes. La justice remet maintenant le débat devant la Région et juge que Valérie Pécresse ne pouvait pas écarter la demande pour le motif invoqué. Un nouvel examen dans un délai d’un mois doit être procédé.
Les élu·es de gauche et écologistes au Conseil régional