Budget régional 2022 Citoyenneté et vie associative : Intervention d’Hella Kribi-Romdhane

A

M. le président de séance,

Mes chers collègues,

Les associations sont pilier du vivre-ensemble dans nos territoires. Elles promeuvent l’action collective plutôt que le chacun pour soi, elles pallient les manques de la puissance publique là où les services publics sont en voie de disparition. Elles font vivre les solidarités, la culture, l’éducation populaire, le soutien à la parentalité, la lutte contre les violences. Elles contribuent à lutter contre les discriminations tout en produisant des effets concrets en matière de prévention de la délinquance. Elles sont des maillons essentiels du lien social dans nos territoires. Elles l’ont particulièrement prouvé depuis le début de la crise sanitaire.

Vous savez, quand on parle des associations, je pense à ce que me disait mon père qui a quitté son pays d’origine parce qu’il y était opposant politique dans les années 70 et parce qu’il croyait à la démocratie, à la République française. Mon père me disait que Mitterrand avait permis aux étrangers de pouvoir présider des associations alors que la droite l’interdisait précédemment et que cela a été un acte symbolique fondateur pour toute une génération d’immigrés.

Au fond, mon père, ce Français naturalisé dans les années 80 m’a appris ce qu’étaient les fondements de la République avant que l’école républicaine ne me permette de l’éprouver concrètement.

Et là-dessus, en effet, nous n’avons pas la même lecture. Et vous l’avez montré hier lorsque vous avez dénigré l’école publique, celle qui permet à chacune et chacun de sortir de sa condition d’origine, celle qui éclaire et ouvre l’horizon des possibles.

Hier quand nous parlions des emplois tremplins, vous les avez qualifiés de dispositifs d’assistanat, méprisant ainsi les 7000 franciliens qui en ont bénéficié et les associations que vous avez fragilisées en supprimant le dispositif. De la même manière, vous méprisez les plus vulnérables de nos concitoyens quand vous avez supprimé dès 2016 des lignes budgétaires comme celle dédiée à l’animation sociale des quartiers et qui permettaient de financer des projets concrets au plus près des habitants des quartiers dits « de la politique de la ville» , plus communément appelés les quartiers populaires.

Ce budget du secteur citoyenneté et vie associative aurait pu être un vrai budget de combat, dans une région qui le nécessite, face à une crise sociale d’une gravité extrême et dans une période politique qui voit fleurir les propos nauséabonds, dégoulinants de condescendance, de sexisme, de racisme, de peur de l’autre, de méfiance, de haine en somme…

Nous voulons que la Région s’engage dans les faits par un plan ambitieux plutôt que du saupoudrage clientéliste.

Parce que nous croyons à la République sociale, inspirée de Jaurès, et parce que l’écologie et la justice sociale sont le fil rouge de notre engagement, nous voulons que la Région réactive e tryptique républicain dans les actes :

Liberté, égalité, fraternité et laïcité. C’est là que doit se placer la priorité de ce budget dédié à la citoyenneté, à la vie associative. Parce que la promesse républicaine ne doit pas être un simple slogan ou l’intitulé d’une délégation ou d’une énième agence mais bien une priorité politique qui se traduit en acte. Elle ne doit pas être non plus un moyen de s’attaquer à un culte ou à une population en particulier. La République est une et indivisible. Elle ne laisse pas la place à la division ou aux communauté. Elle considère chaque citoyen comme l’un de ses enfants sans distinction d’origine ou de religion.

Alors, plutôt que de courir derrière l’extrême droite, plutôt que de stigmatiser et insulter, jeter la suspicion et l’opprobre, agissez pour l’égalité territoriale.

Plutôt que de faire croire que vous agissez pour la sécurité des habitants de nos quartiers à coup de caméras, financez la présence humaine sur le terrain, la mise en place de médiateurs qui seraient des recours humains pour les habitants de nos quartiers.

Plutôt que de penser que vous garantirez le respect du principe de laïcité avec une charte, favorisez le rétablissement de la république partout et pour tous en soutenant le maintien des services publics et la promotion de l’éducation populaire. Contribuez à la bataille culturelle si indispensable face à l’idéologie dominante qui divise et stigmatise, déconstruisez les préjugés plutôt que de les nourrir.

D’un côté, vous vous inscrivez, cher M. Karam, en organisateur de primaires en mobilisant les communautés au service de Mme Pécresse si l’on en croit la presse, de l’autre vous vous dites républicain. Cessons ces méthodes qui amplifient la défiance de nos concitoyens face à la politique.

Cessez de courir derrière Mme Le Pen et de M. Zemmour. Cela en devient effrayant. Nous avons peur pour nous mêmes mais nous avons peur aussi pour nos enfants.

Non seulement vous n’avez pas le monopole des principes républicains mais au contraire, vous montrez chaque année à quel point vous en êtes éloignés ! Ce budget l’illustre.

Alors l’urgence aujourd’hui c’est bien de cesser les coupes budgétaires pour nos villes et nos quartiers prioritaires, c’est d’investir massivement pour la jeunesse dans notre région, c’est l’éducation, l’action sociale et les services publics.

Parce que vous n’avez toujours pas compris cela malgré l’évidence, avec mes collègues du pôle écologiste nous voterons contre ce budget.

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