Budget régional 2022 Sécurité : intervention d’Annie Lahmer

A

Monsieur le président, Monsieur le Vice Président,

Pour rappel, la sécurité n’est pas une compétence de la région, et pourtant depuis 2015, son budget n’a eu de cesse d’augmenter. 

Chaque année un peu plus pour arriver à 36 M€ en AP/AE (+ 150 % en 6 ans) et crédits de paiement (+ 300 %) pour financer des armes létales, des caméras de vidéosurveillance, particulièrement pour des villes ayant suffisamment de ressources pour payer les amendes liées à leur volonté de ne pas créer de logements sociauxs.

En fonctionnement, vous avez divisé par 4 les dotations. Vos seuls efforts vont sur des Brigades régionales de sécurité, dont la Chambre régionale des Comptes vient de confirmer ce que nous ne cessons de dénoncer : ce dispositif sécuritaire est inutile, inefficace, contre-productif.

Voici ce que dit la CRC :

Sans fondement légal, la région a mis en place dans les lycées une brigade de sécurité concurrente des services des académies. La région a créé une brigade régionale de sécurité (BRS) chargée de missions de prévention et de sécurisation afin de répondre aux situations de crises constatées dans les lycées. Pourtant, la loi ne lui confère aucune compétence en la matière. En particulier, l’encadrement et la surveillance des élèves sont expressément exclus du champ de compétence de la région par le code de l’éducation.”

Alors que les lycées et la communauté éducative ont besoin de plus de moyens pédagogiques, de plus de prévention, de plus de médiation, de plus d’écoute et de dialogue, vous ne leur imposez que vos politiques sécuritaires humiliantes, qui dégradent un peu plus les conditions d’études et de vie des élèves.

La seule dénomination de votre politique “Bouclier de sécurité” est tellement signifiante. La définition d’un bouclier, c’est une “arme défensive individuelle portée au bras pour parer les jets ou les coups”.

Et c’est bien cela : vous êtes dans la défiance, le court-termisme, la peur de l’autre, le repli sur soi, l’individualisme. L’exact inverse de ce qu’une collectivité comme la nôtre devrait porter, en agissant par la promotion de la concertation entre tous les acteurs de la chaîne de la sécurité et de la prévention – avec les acteurs de l’éducation, de l’action sociale aussi, avec les associations…-, en défendant le dialogue et l’intérêt général.

Votre vision du monde est figée, excluante, en privilégiant la construction de murs, l’armement, le solutionnisme technologique et la surveillance de masse avec toujours plus de caméras et de drones, tourne le dos à l’humain, à la prévention, à la médiation.

Tout démontre pourtant que c’est de cela que nous avons collectivement besoin.

Il faut agir sur les causes, recréer du lien, accueillir et entendre, vraiment, la parole des victimes, donner de vrais moyens à l’action sociale, à l’éducation et à la prévention, à la lutte contre les discriminations, à la médiation et au soutien aux associations, à l’aménagement de l’espace public, en prenant en compte les spécificités des territoires, locales, économiques et sociales. 

C’est comme ça que vous contribuerez à répondre aux attentes légitimes des Franciliennes et des Franciliens d’un cadre de vie plus apaisé, où chacune et chacun se sent à sa place. 

Aujourd’hui, c’est évident : votre politique sécuritaire n’est qu’un échec. 

Les féminicides dont le nombre ne baisse pas, le nombre d’enfants victimes de violences, de harcèlement, d’inceste et/ou de pédophilie incroyablement élevé, nous démontrent que votre travail devrait être ailleurs, auprès de celles et ceux qui attendent de vous des moyens et des outils pour accompagner, prévenir et guérir.

Mais il est vrai qu’il est plus simple de montrer ses muscles dans un environnement fragilisé par l’abandon des populations les plus fragiles et de prendre pour exemple un ex chef d’état condamné, dont le ministre de l’intérieur, ex chef de la police,  est aujourd’hui derrière les barreaux de la santé.

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