Charlotte Nenner intervient sur les objectifs de l’enquête sur le dérapage financier du projet EOLE

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Madame la Présidente,

Monsieur le Vice-président,

Des rames bondées aux heures de pointe, conditions de transport à pleurer : c’est la réalité vécue par les usagers du RER A. Et c’est pas près de s’arranger, car le projet du RER E ou Eole, qui devait décharger cette ligne, vient de voir sa facture augmentée de 1,7 milliards d’euros et devrait accuser un retard dans sa réalisation de plus de 2 ans.

Ce chantier, c’est aussi un chaos à la Porte Maillot, des nuisances importantes, qui vont encore se poursuivre pour des années.

EOLE c’est aussi NEXTEO, un projet qui promet d’améliorer les conditions de circulation des RER dans les tunnels. Le retard pris sur le chantier EOLE, c’est autant de promesses qui s’éloignent, pour améliorer la circulation des RER B et D entre Châtelet et Gare du Nord. Et vu le décalage incroyable entre les discours merveilleux de Nexteo et Eole, et la réalité, on ne peut qu’être très très inquiets. Tout comme le retard pris dans la livraison des nouvelles rames, le RER nouvelle génération, les usagers du RER A, B et D sont bien ceux qui payent le prix fort de ce dérapage financier et technique, de cette promesse, intenable et non tenue.

Et les conséquences sont déjà connues : on nous annonce un CPER au rabais, uniquement consacré à boucler des projets de transports, qui n’en finissent pas. Le prolongement de la ligne de métro 1 est ainsi directement menacé.

A quoi est dû ce dérapage budgétaire et ces immenses retards, qu’on peut qualifier de grand fiasco des transports en Ile France ?

On parle du contexte et de l’impact de la crise sanitaire mondiale, mais aussi des crues, ou encore des manifs, notamment du mouvement des Gilets jaunes ! ben voyons ! les voilà maintenant responsables de la facture de plus de 1,5 milliards d’euros !

Ces explications sont vite données et ceci mérite effectivement une vraie enquête.

Quelles responsabilités au sein de la SNCF ? Quelles sont les erreurs commises dans la gouvernance des transports, au sein de Ile de France mobilités et de la Région IDF ? Cette mission est donc indispensable pour faire toute la lumière, et ce de façon transparente, pluraliste et indépendante. Car il ne s’agit pas ici de lancer un vague sondage sur internet à des fins électoralistes et politiciennes. Il ne s’agit pas de se lancer dans des joutes verbales, de faire les gros yeux, de se lancer des accusations stériles du type “c’est la faute à pas de chance” ou “c’est la faute à la gauche / à la droite” ou “c’est la faute à la SNCF”. Il s’agit d’analyser le problème de façon objective, d’identifier les causes profondes pour que ce gâchis immense d’argent public ne soit pas vain. Nous devrons forcément changer les choses en Ile de France et dans le monde des transports. Il ne s’agira pas de virer telle ou telle personne, mais bien d’identifier dans le système et dans les modes de gouvernance, ce qui a profondément dysfonctionné.

Essayons quand même de s’imaginer ce que représentent ces 1,7 milliards d’euros d’argent public. 1,7 milliards d’euros ce sont 3000 lits en CHU, c’est un revenu de 750 euros pendant une année pour 190 000 personnes, c’est le doublement du budget de tarification sociale des transports pendant 20 ans. 

Alors oui nous ne pourrons pas les récupérer ces 1,7 millions, mais cette mission d’information doit tirer les leçons de ce fiasco, et aller au-delà des satisfecits insupportables sur la soi disant bonne gestion de notre région.

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