Benoit Hamon déplore les infractions aux valeurs de la Laïcité par la Droite régionale

A

Madame la Présidente,

Monsieur le Vice-président,

En principe, ce rapport aurait mérité quelques commentaires.

Sur le choix, pour commencer, de confier ce bilan de la charte de la Laïcité à un consultant plutôt qu’à une autorité morale, collégiale et scientifique qui aurait été indiscutable. Nous aurions imaginé des François Héran, Patrick Vieil, des Jean Romero participer à cet examen. Cela aurait été plus solide.

Deuxièmement, la fragilité des données sur lesquels ce rapport s’appuie : le « chiffre noir ».
Le chiffre noir, qui est évoqué dans ce rapport, dit qu’au prétexte de ne pas faire de vague, les équipes éducatives sous-évaluent les atteintes à la Laïcité dans les établissements scolaires. Je n’écarte pas, à titre personnel, la possibilité de cette sous-évaluation – même si Jean-Michel Blanquer qui en fait une priorité dirait peut-être le contraire – mais chacun ici reconnaîtra la fragilité d’une théorie celle du chiffre noir selon laquelle, l’absence de preuves est une preuve que ce que l’on dit est vrai.

Je n’arrête là sur ce rapport et je voudrais revenir sur ce dont on parle en réalité : la Laïcité.
Principe crucial, vital, puisqu’il est depuis la loi de 1905 à la fois le fondement du Pacte Républicain et la socle sur lequel nous avons construit, et j’insiste sur ce point, l’unité de la Nation.

Depuis 1905, la France proclame la liberté, de croire, de ne pas croire, de douter ou critiquer les religions.
Elle proclame l’égalité des citoyens quelle que soit leur croyance, l’égalité en droit des options spirituelles et religieuses qui interdit donc toutes discriminations ou toutes contraintes.
Elle proclame la neutralité du pouvoir politique qui reconnait ainsi ses propres limites à ne pas s’ingérer dans les affaires religieuses et vice versa.
Et elle reconnait enfin et proclame la fraternité, parce que la Laïcité en reconnaissant et respectant les différences culturelles, religieuses ou spirituelles a aussi pour mission, et c’est le plus noble des projets, de créer les conditions de vivre ensemble et donc de nous unir.

Nous unir.
Et là Monsieur CLAVREUL ne m’en voudra pas, mais ce qui est en jeu aujourd’hui ce ne sont pas ses préconisations, ce sont les mots, les options, la vision de Madame Pécresse de ce que seraient notre pays, notre région aujourd’hui, et de ce qu’il devrait être. Et depuis quelques semaines, elle nous a renseigné sur cette vision et elle me semble parfaitement orthogonal avec ce dont nous parlons aujourd’hui.

Madame Pécresse vous reprenez la formule des « français de papier ». Ce qui veut dire qu’il y aurait de vrais français, cette formule vient de l’extrême-droite, et d’autres suspects et insincères.
Vous reprenez la théorie du « grand remplacement », théorie folle, complotiste, qui a armé le terroriste de Christchurch, je le rappelle, en disant « qu’il ne faut pas ou qu’il n’y a pas de fatalité au grand remplacement ».

Et c’est la raison pour laquelle vous êtes en infraction avec deux principes.
Celui de votre propre famille politique et l’héritage de Jacques Chirac qui avait toujours fait une frontière étanche entre la droite et l’extrême-droite. Et ce faisant, vous êtes en infraction avec les principes et les valeurs dont nous discutons aujourd’hui.

Et c’est la raison pour laquelle, au nom de cette double infraction, nous voterons CONTRE aujourd’hui cette vision ou cette instrumentalisation de la Laïcité au service d’une vision tragique, – je termine -, pessimiste et inégalitaire de notre région et de la France.

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