Orientations budgétaires 2022 : Julien Bayou fustige le maintien du cap austéritaire

A

Madame la Présidente, Chèr·es collègues,

D’abord un mot rapide sur le fonctionnement de l’institution. Nous sommes très inquiet·es de constater que ce mandat commence comme le précédent avait fini. Aucune leçon n’a été tirée, aucune amélioration du fonctionnement n’a été engagée, ni ne semble souhaitée.

Le rôle des élu·es est déconsidéré. Les conditions d’étude des rapports sont déplorables : nous manquons d’informations et d’éléments essentiels de compréhension et d’analyse, nous n’avons pas de bilan, pas de diagnostics, nous ne disposons que de données parcellaires et souvent peu objectivées.

Sur le temps de parole dévolu aux groupes en séance, il se réduit comme peau de chagrin. En témoigne la séance de ce jour, avec des sujets pourtant majeurs sur lesquels, pour chacun, nous ne disposons que d’une poignée de minutes.

Les délais de dépôt des amendements, qui sont l’un des rares outils dont les élu·es disposent encore pour s’exprimer, proposer et faire vivre un peu le débat et la démocratie dans cette institution, tendent à se raccourcir également.

Selon vos propres dires, Madame la Présidente, les services sont noyés. Nous voulons bien le croire.

Je tiens d’ailleurs à saluer le travail des services et de l’ensemble des agent·es de notre institution, qui souffrent dans de nombreux secteurs de moyens humains et matériels insuffisants, mais malgré tout, continuent d’assurer leur mission de service public.

Sur la forme, ce document nous offre 70 % d’autosatifecit et 30 % de “déclarations”. Je dis « déclarations » car le terme d’”orientations” suppose une idée de mouvement, de direction, de trajectoire, ce qu’on a bien du mal à voir ici.  Mais considérant que vous avez déjà mis en œuvre 80 % de votre programme, ce n’est pas étonnant…

D’ailleurs, c’est très clair : pas de changement de cap, tout va bien. Vous “continuez”, vous “consolidez”, vous “renouvelez”, vous “accompagnez”, vous “renforcez”.  

Vos objectifs restent imperturbablement les mêmes  :

  • la compression des dépenses de fonctionnement (on ne s’étonne pas que les services soient sous l’eau…) ; 
  • le culte des bons ratios comptables : 

Sur l’autofinancement, il est de 66 %, ce qui démontre bien que la région dispose largement des recettes nécessaires pour agir, et même continuer d’assurer la péréquation…!

Le taux d’épargne brute, dites vous, devrait s’établir en exécution 2021 à un niveau supérieur à 30 %, en progression de 10 points par rapport au niveau de 2015…

La capacité de désendettement toujours plus importante, 7 années au BP 2021 et un objectif de moins de 5 années fin 2022 (alors même que tout le monde s’accorde à dire que 8 ans de désendettement pour les régions est sans risque. Mais par une sorte de dogmatisme et d’obsession, vous entravez la capacité de la région à investir plus fortement dans un véritable plan d’investissement local responsable, écologique et solidaire).  

Votre problème, c’est que vous accumulez des bons points, mais n’en faites rien de juste. Votre seule ambition, c’est d’être la bonne élève des agences de notation. 

La crise sanitaire inédite dans laquelle nous sommes plongé.es, avec comme corollaire une précarité sociale grandissante et qui s’ancre, la crise écologique et les impacts déjà très palpables du réchauffement climatique, la crise démocratique… C’est comme si tout cela était accessoire, juste un mauvais moment à passer. Surtout, ne rien changer ! Vous regardez ailleurs, et vous attendez la “reprise”, que vous allez jusqu’à invoquer plusieurs dizaines de fois dans le document, comme un mantra. 

Pour vous, il ne faut surtout pas changer de modèle. 

Et  pourtant, il est plus qu’urgent d’en changer : c’est à lui que l’on doit les inégalités économiques et sociales si prégnantes dans notre région, à lui que l’on doit la destruction de nos sols et la pollution de notre air, à lui que l’on doit le démantèlement des services publics et la privatisation des transports, de la santé, de l’éducation. 

En réduisant sans cesse les dépenses de fonctionnement, en sous-investissant, en thésaurisant comme vous l’avez fait dans le mandat précédent, vous étouffez la capacité d’agir de la collectivité et vous niez sciemment son potentiel de levier et d’impulsion en matière d’amélioration des conditions de vie des Francilien·nes et de transition écologique.

En refusant de changer de trajectoire, vous consolidez un modèle inégalitaire et prédateur de ressources et vous hypothéquez l’avenir de notre territoire et de ses habitant·es. 

Je voudrais aussi dire un mot sur Grignon et me réjouir, au nom des élu·es du Pôle Écologiste, de la 1ère victoire, avec la suspension du processus de vente, des défenseurs de ce patrimoine écologique, historique et patrimonial précieux, menacé d’être bradé à des investisseurs privés par l’État, avec l’appui de la région et de la SEM Ile-de-France investissements et territoires. Nous attendons maintenant de la Région qu’elle renonce à soutenir le projet d’Altarea, et s’engage pour un projet durable, co-construit avec les acteurs du territoire.

Le combat continue donc. Il continue d’autant plus qu’il est le symbole de ce qui n’est plus acceptable pour notre territoire et son devenir.

Au lendemain de la COP 26, dont les conclusions sont décevantes et qui a montré combien les réticences des Etats étaient fortes, nous restons persuadés que l’échelon local, et l’échelon régional en particulier, a un rôle immense à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Les élu·es écologistes des régions de France ont fait paraître, hier, une lettre aux Président.es de région.

Nous allons vous l’envoyer officiellement, mais d’ores et déjà, voici les 10 axes sur lesquels nous vous demandons aujourd’hui de vous engager avec force et ambition, afin d’”éviter le pire, d’adapter à ce qui ne peut plus être évité et de protéger les plus vulnérables face à ces changements.

  • Les transports.
  • Les énergies renouvelables, en visant l’objectif de 100 % à horizon 2050.
  • Un plan de rénovation thermique de grande ampleur, pour les logements et le bâti régional.
  • L’agriculture, qui représente près de 20 % de nos émissions de GES. Circuits courts, agriculture paysanne et biologique, aide à l’installation des jeunes agriculteurs, accompagnement des exploitations dans la décarbonation et l’adaptation aux dérèglements climatiques.
  • Un nouveau modèle économique, avec la défense de l’économie de proximité, de l’économie circulaire, de l’ESS, la transition écologique de nos industries, la relocalisation de nos productions essentielles, la conditionnalité écologique et sociale, la création de centaines de milliers d’emplois verts…
  • L’aménagement, évidemment, avec une vraie ambition sur le ZAN.
  • L’accompagnement des territoires ruraux.
  • La commande publique.
  • Des mesures sociales fortes, avec notamment l’expérimentation du revenu d’existence.
  • Et enfin, la co-construction de cette transition avec l’ensemble des citoyen.nes.

Voilà Madame la Présidente, Cher·es Collègues, tout ce que nous aurions aimé voir dans vos orientations budgétaires et tout ce dans quoi vous devez vous engager pour être une matrice puissante de la transition écologique.

Vous avez les compétences, vous avez la marge de manœuvre financière, vous avez le pouvoir planificateur, vous avez le potentiel de mobilisation et de mise en réseau. Seule désormais manque la volonté.

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