La question des mobilités et de leur avenir est centrale. Enjeux climatiques, environnementaux, mais aussi sociaux. Cela touche aussi aux questions de sécurité, de santé et de qualité de vie.
Le plan de mobilité 2030 est plutôt de qualité. On salue le travail effectué par les services de IDF Mobilités.
Mais est-il à la hauteur ? hélas non.
Côté objectifs : c’est insuffisant et il faut passer à la vitesse supérieure.
Nous proposons de passer de -26 à -50% d’émissions de gaz à effet de serre.
Le secteur des transports représente la première source d’émission de GES en France. La loi européenne sur le climat fixe l’ambition de moins 55 % d’ici 2030. moins 50% c’est presque le minimum syndical si on prend au sérieux l’ambition de la neutralité carbone.
Il faut également passer de -15% à -25% de déplacements motorisés. Votre réflexe est souvent de tout miser sur la technologie. Les véhicules électriques pourront contribuer à la baisse des émissions de CO2, mais si nous ne baissons pas vraiment la circulation motorisée, on aura encore la pollution de l’air, l’artificialisation des sols des routes et parkings, le manque de place pour les piétons et l’insécurité routière. Viser une baisse de la circulation de 25% est tout à fait faisable. Par exemple, à Paris pendant le premier mandat de B. Delanoë, la circulation automobile a baissé de 20%.
Nous proposons également de passer à 20% de part modale du vélo comme le recommande l’ADEME dans une étude récente qui projette une part modale vélo à l’horizon 2030 à hauteur de 24% en petite couronne et 21% en grande couronne. Réaliste donc.
Il faut des objectifs plus ambitieux, mais aussi beaucoup plus innover.
Vous passez à côté d’outils qui ont fait leurs preuves et qui nécessitent une planification à l’échelle de l’Ile de france
Citons les rues aux écoles, ces rues piétonnes qui sont une reconquête heureuse de l’espace public où on peut jouer dans la rue et qui incitent les enfants et les parents à venir à pied à l’école. Même le 16e arrondissement de Paris les a adoptées.
Citons également les Zones à Trafic Limité, très répandues dans les villes italiennes. C’est un outil efficace de réduction de la circulation automobile dans les centres-villes, en ciblant l’usage et non les catégories de véhicules.
La multimodalité, comme la billettique sont aussi des sujets trop faibles dans ce plan de mobilité.
Dans ce plan, on parle enfin de “démobilité” ! oui il est important de réduire les déplacements contraints. L’engouement pour le télétravail n’est pas sans lien avec la dégradation des conditions de transports. Le SDRIF-E hélas ne rééquilibre pas grand chose et la réduction des distances et des temps de parcours risque d’en rester au voeu pieu.
Mais pour vraiment avoir du report modal vers les transports en commun, pour réconcilier les franciliens avec leurs RER, trains, métros et bus, il faudra vraiment faire la révolution – et pas en mode incantation – et nous vous proposons pour cela d’inscrire deux principes forts dans ce plan de mobilité
1 : la priorité sur la réparation : la fiabilisation et le renouvellement du matériel roulant des lignes de mass transit existantes ; il faut mettre le paquet sur les lignes qui souffrent, et aller au-delà des simples plans d’urgence. RER C, B, D, Transilien, métros : les franciliens n’en peuvent plus des retards, des suppressions et des dysfonctionnements.
2 : le choc de l’offre : c’est-à-dire augmenter sensiblement l’offre en termes de fréquence et d’amplitudes horaires, pour vraiment inciter au report modal. Cela signifie par exemple de garantir entre 6h et 23h une fréquence de 15 mn minimum, pour les transiliens et RER, quelle que soit la branche. C’est cette politique qui est appliquée en Suisse et qui fait le grand succès du train au quotidien.
Il y aurait encore beaucoup à dire pour des mobilités plus justes et durables et nous comptons sur l’enquête publique qui on l’espère sera plus large et sérieuse que celle du SDRIF-E !