Un budget catastrophique

A

Intervention de Kader Chibane lors de la séance plénière pour le budget 2026.

Madame la Présidente,

Vous nous présentez ce jour votre budget primitif pour l’année 2026, alors même que le projet de loi de finances n’est toujours pas adopté par le Parlement et que son avenir est incertain. De fait, vous forcez une discussion mal éclairée sur les conséquences du budget de l’Etat en ce qui concerne les finances de notre Région. Vos prévisions sur les prélèvements de l’Etat ou ses engagements dans vos contractualisations communes sont au doigt mouillé, vous n’avez aucune garantie ni dans un sens favorable, ni dans un sens défavorable. Aussi, les débats de ce jour sont très théoriques et sont révélateurs de votre méthode de passage en force permanent. 

D’abord dans la manière dont vous menez les discussions ici. Des rapports, nombreux et conséquents, souvent plusieurs centaines de pages, qui sont transmis au dernier moment aux groupes politiques, quelques heures seulement avant les commissions en charge, parfois même ils ne sont pas discutés en commissions thématiques car non transmis. Lorsque nous avons la chance d’avoir le temps de travailler correctement et donc de poser des questions aux vice-présidents, nous n’obtenons pas de réponses, au mieux des réponses très floues voire totalement mensongères guidées par votre aveuglement collectif, mais nous y reviendrons. La possibilité des groupes de déposer des amendements sur le BP 2026 est encore plus contrainte que les années précédentes, vous prononcez des irrecevabilités sur la base de règles totalement inventées, qui changent d’année en année au gré de vos envies et sans qu’elles ne soient clairement indiquées dans les documents encadrant la séance. Tout cela vise à réduire les capacités de l’opposition à travailler et à prendre la parole en séance. 

La réalité, Mme Pécresse, c’est que vous ne supportez pas la contradiction. Dès qu’un sujet vous dérange, vous ne le soumettez pas au débat. Le rapport égalité femmes-hommes ? Non soumis au débat, qu’y aurait-il à dire après tout ? Le rapport sur le développement durable ? Comme vos politiques, il se passe visiblement de tout commentaire. Vous faites fi du débat démocratique parce que vous ne voulez pas que l’on puisse faire démonstration des insuffisances de vos politiques publiques et de votre gestion. Pourtant il y a tant à dire sur le sujet. 

Le dernier rapport de la Chambre Régionale des Comptes est accablant, étrillant le manque de transparence sur l’information des élus, l’incohérence de gestion avec des choix d’endettement contre productifs, l’incapacité à y voir clair sur le patrimoine régional qui ne s’appuie sur aucune programmation pluriannuelle pour la rénovation des lycées ou le choix ubuesque d’avoir renoncer à être propriétaires des murs du siège régional ! Le CESER lui aussi vous enjoint d’entendre raison sur de nombreux points et de suivre les recommandations de la CRC.

A la place vous vous enfoncez dans vos erreurs, et d’abord celle de refuser obstinément d’aller chercher de nouvelles recettes pour notre budget. A la place vous préférez réduire drastiquement les dépenses de fonctionnement pour pouvoir consacrer toujours plus de fonds à éponger vos dettes. Car oui, la Région emprunte davantage. Nous ne sommes pas contre l’emprunt dès lors qu’il permet d’investir dans les infrastructures d’avenir. Nous vous avons d’ailleurs répété pendant des années, alors que les taux étaient au plus bas, qu’il fallait emprunter. Au lieu de cela, vous avez refusé et vous vous endettez désormais à prix d’or. Les frais annuels de la dette sont en augmentation exponentielle : +400 % entre 2016 et 2022. Ces frais ont atteint 36,5 M€ en 2025 et sont projetés à 52 M€ en 2026 ! Est-ce vraiment ce qu’on pourrait appeler de la bonne gestion ? 

Ces erreurs vous obligent à renforcer votre politique de réduction massive des dépenses. Pour l’année 2026, malgré le taux d’inflation autour de 1,3%, les dépenses de fonctionnement (hors charge de la dette) devraient baisser de 3% par rapport au BP 25. De fait, vous devez soit réduire le périmètre des services publics, soit mettre les services régionaux et organismes associés sous une pression maximale, les obligeant à faire avec toujours moins et réduisant les effectifs (encore 50 suppressions de postes pour cette année). En réalité, vous faites les deux et cela se fait au détriment de tous les franciliens.

Quasi division par deux du budget sur la formation professionnelle, année blanche sur les énergies renouvelables, des miettes sur l’aide à la construction de logement, des lycées en grande difficulté… S’il ne s’agissait que de l’insuffisance des engagements pris dans le cadre de ce budget primitif mais la réalité c’est que vous ne les mettez même pas en œuvre. Comme le CESER, nous vous demandons d’enfin travailler à l’apurement des restes à mandater qui explosent d’année en année sur tous les secteurs : 2 milliards d’euros de RAM sur la rénovation des lycées Mme la Présidente, 2 milliards !

Concentrez-vous Mme la Présidente, concentrez-vous sur l’action régionale autour des compétences obligatoires qui vous sont confiées par la loi. Cessez de vous agiter et de demander à la volée tout un tas de compétences à l’Etat en cette période de retour des débats sur la décentralisation, alors même que vous n’aurez pas les ressources pour les assumer – vous savez comme nous que les compensations sont souvent de courte durée. Nous allons faire la démonstration dans ce débat budgétaire qu’il est possible de faire beaucoup pour les franciliennes et franciliens, pour améliorer leur pouvoir d’achat, leur cadre de vie, leur offrir de nouvelles perspectives d’avenir. C’est une question de choix politiques depuis 10 ans maintenant.

Play Video

Conseil régional : Décembre 2025 - Budget

Thématique : Institution

Élu·e : Kader Chibane