Voeu du Pôle Écologiste : Kader Chibane prône une politique énergétique ambitieuse et responsable

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Monsieur le Président,

La COP 26 s’achève tout juste et l’accord dont elle a péniblement accouché laisse un goût amer.
Nous sommes dos au mur. Mais face au changement climatique et à ses conséquences qui, sans même parler des sécheresses, des famines, des inondations et des méga-feux devenus des marronniers de l’actualité, se font toujours plus prégnantes dans notre quotidien, les engagements des Etats sont dramatiquement insuffisants et sont plus des renoncements que des avancées.

Entre objectifs lacunaires et formulations édulcorées, nos gouvernants viennent d’écrire à plusieurs mains le nouvel épisode de la chronique d’un désastre annoncé, hypothéquant toujours un peu plus l’avenir de notre planète, de notre écosystème et des générations futures.

Dans ce vaste gâchis, la question des énergies fossiles est centrale. Les espérances suscitées par l’inscription dans les débats de ce sujet et la reconnaissance pour la première fois à un tel niveau de la responsabilité majeure des combustibles fossiles dans la crise climatique étaient grandes. Hélas, l’accord final n’est pas à la hauteur des enjeux et les pays pétroliers, ainsi que l’Inde et la Chine ont réussi à obtenir que dans le texte final l’expression “disparition progressive [des énergies fossiles]” soit remplacée par “diminution progressive”.

Quant aux subventions aux énergies fossiles, les pays membres sont seulement invités à cesser celles qui sont “inefficaces”.

Si la déception que nous ressentons est à la hauteur de notre peur face aux dangers du réchauffement climatique, nous ne perdons pas espoir. Nous pensons que les régions françaises, par leurs compétences et en tant que cheffes de file sur la biodiversité, la qualité de l’air et l’efficacité énergétique et comme instances planificatrices, peuvent être de puissantes actrices de la transformation écologique et de la transition énergétique. Une transformation et une transition qui promeuvent les énergies justes, soutenables et produites localement.

Mais encore faut-il pour cela une véritable volonté politique.

L’Observatoire de la transition écologique des territoires a créé à la fin du précédent mandat un Enviro Score et a attribué à chaque région, sur plusieurs thématiques, une note sanctionnant son action depuis 2015. La Région Ile-de-France a obtenu la note globale de 7,4/20. Pas de quoi se vanter, donc.

Plus précisément, l’Enviro Score a pointé une baisse très insuffisante de la consommation régionale d’énergie fossile, une production d’électricité renouvelable en diminution (les seuls résultats positifs en la matière – sur la production éolienne notamment – étant liés aux engagements du précédent exécutif), des projets d’électricité renouvelables particulièrement faibles (20 fois moins que la Bourgogne-Franche-Comté), et des projets d’énergies renouvelables citoyens quasiment inexistants.

En île-de-France, non seulement les énergies fossiles représentent encore les deux tiers de la consommation énergétique, mais le vernis de la communication et des annonces tonitruantes ne réussit pas à masquer l’absence d’une vraie trajectoire pour en sortir dans des délais acceptables.

Les entreprises climaticides, au premier rang desquelles Total, ont continué de bénéficier durant tout le dernier mandat de nombreuses subventions régionales au détriment des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

En 2018, la Présidente de la région Île-de-France présentait la stratégie énergie-climat de la collectivité comme un « scénario de rupture”, avec “un objectif à 2030 de réduction de moitié de la dépendance du territoire francilien aux énergies fossiles et au nucléaire et même la promesse, en 2050, qu’on en [serait] à 100% d’énergie renouvelable, [qu’on serait] sortis du nucléaire et [qu’on serait] à 50% d’énergie importée ».

S’opposant à la construction de toute centrale nucléaire sur le territoire francilien, Valérie Pécresse affirmait alors fièrement : « Aujourd’hui, la région engage sa responsabilité pour dessiner un chemin de progrès vers une Île-de-France décarbonée en assumant de sortir progressivement du nucléaire ».

Quelques mois auparavant, au moment du lancement de son mouvement, un réalisateur lui rappelait malicieusement, dans une lettre ouverte, que Libres ! était le titre de son documentaire. Sorti en 2015, le jour anniversaire de la catastrophe de Fukushima, il traitait de la manière dont l’énergie nucléaire hypothèque la liberté des enfants…

Trois ans plus tard, Valérie Pécresse, en campagne présidentielle cette fois-ci, promet de
« revenir sur le programme de fermeture anticipée de 12 réacteurs » et de lancer « un nouveau programme nucléaire », avec le lancement de 6 nouveaux EPR.
Alors que le nucléaire est une énergie du passé, un gouffre financier dont nous ne maîtrisons les risques ni à court terme, ni à long terme, ce nouveau et énième reniement est l’aveu au mieux de l’absence de stratégie de Valérie Pécresse en matière de politique énergétique, au pire de son irresponsabilité et de son cynisme.

Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou soit un économiste”, écrit Kenneth Boulding. Le refus persistant d’envisager tout autre modèle que celui fondé sur la compétitivité, la course aux profits, la satisfaction immédiate des actionnaires et donc l’augmentation perpétuelle de la consommation, au-delà de conduire à se dédire en permanence et à n’avoir comme trajectoire que celle de la prochaine échéance électorale, est mortifère.

Le climat et les habitant.es ne peuvent plus attendre. Nous demandons donc une politique énergétique régionale ambitieuse et responsable et des engagements clairs et lisibles. Nous sommes persuadé·es que le niveau local, et notamment régional, a un « pouvoir de faire » immense dans la lutte contre le réchauffement climatique et doit résolument s’engager dans la transition énergétique.

Ainsi, après une présentation du bilan de l’impact carbone des politiques régionales, et au-delà des politiques ZAN, ZEN et 100% circulaire, du renforcement des financements dédiés à la rénovation thermique des logements et du parc patrimonial de la région et de ceux consacrés aux énergies renouvelables et aux projets à impact positif, la Région Ile-de-France doit-elle s’engager sans attendre à :

– cesser tout financement régional, direct ou indirect, des hydrocarbures et combustibles fossiles,

– réaffirmer l’objectif de sortie du nucléaire.

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